Les 5 étapes de la routine mentale entre les points

Lorsque l’on regarde les meilleurs joueurs du monde, on remarque qu’ils ont tous quelque chose en commun : une routine entre les points.

Cette routine n’est pas là par hasard. Elle permet d’optimiser la performance du point suivant, de se donner plus de chance de gagner le point. Elle permet plus précisément de contrôler ses émotions, de récupérer, de se concentrer, d’apprendre de chaque point et d’aborder le point suivant avec une intention de jeu claire.

Trop souvent, les joueurs restent bloqués sur le point précédent : une faute facile, une balle de break manquée, une décision arbitrale ou au contraire un superbe point qui les fait sortir de leur match.

L’objectif de cette routine est simple : accepter le point précédent tel qu’il se termine, passer au suivant et se mettre dans les meilleures conditions pour jouer le point suivants.

Je vous partage ici les 5 étapes que j’enseigne à mes joueurs.

La méthode en 5 étapes

Libérer → Corriger → Switcher → Planifier → Jouer

Étape 1 : Libérer

Cette phase est certainement la plus importante et malheureusement certains joueurs n’osent pas le faire…

L’objectif de cette étape est d’exprimer les émotions nécessaires suite au point précédent. Que ce soit de la joie, de la déception, de la colère, de la frustration, de la surprise ou du soulagement, il est important de les laisser sortir.

Vous pouvez par exemple :

  • Serrer le poing après un superbe point.
  • Crier parce que vous êtes déçu de ce que vous venez de faire.
  • Souffler de frustration.
  • Lâcher un grand « Allez ! » ou un « Vamos ! » après un point important.

L’idée n’est pas de retenir ses émotions mais de les exprimer pendant quelques secondes afin qu’elles ne restent pas bloquées dans votre tête pour les points suivants.

Une émotion exprimée est une émotion qui ne reste enfouie en vous qui à répétition ne devient pas juste une émotion mais une boule émotionnelle qui peut vous tétaniser, vous rendre anxieux ou encore nerveux.

Pour conclure sur cette première étape, j’aimerais vous partager mon expérience à ce sujet.

Quand j’étais jeune, on m’a « interdit », ou plutôt « grondé », lorsque j’exprimais mes émotions. Selon mon éducation, ma culture et mon environnement sportif (coachs, parents…), exprimer ma colère ou ma joie après un point était mal vu. Crier un « VAMOS » après un point gagnant était considéré comme un mauvais état d’esprit.

Résultat : je gardais toutes ces émotions en moi.

Avec le recul, cela ne m’a pas aidé. Cela a créé une boule intérieure qui a eu des répercussions sur mon stress, mon eczéma, mon anxiété et ma tétanie dans mon tennis. Bien sûr, ce n’est pas la seule cause, mais cela y a certainement contribué.

Cela m’amène à un autre sujet dont nous parlerons une prochaine fois : l’importance de développer une forte ESTIME DE SOI dès le plus jeune âge. Car un jeune qui ne s’autorise pas à être, à dire ou à faire ce qui lui semble bon pour lui, mais qui agit en fonction des autres, risque d’en subir les conséquences une fois adulte.

Sourir même après un coup raté est une des meilleures statégies mentales pour performer au tennis.

Étape 2 : Corriger

Juste après, ou même pendant cette phase de libération émotionnelle, l’objectif est d’apprendre du point précédent.

Posez-vous rapidement quelques questions :

  • Qu’est-ce que j’ai bien fait ?
  • Qu’est-ce que j’ai mal fait ?
  • Qu’est-ce que je dois ajuster ?
  • Qu’est-ce que je dois continuer à faire ?
  • Si je pouvais rejouer ce point, qu’est-ce que je ferais différemment ?

Attention, cette analyse doit être extrêmement rapide.

Tous ces questionnements prennent moins d’une seconde.

Le but n’est pas de refaire le point frappe par frappe, mais simplement d’en retirer un enseignement. C’est une phase instinctive qui repose sur vos ressentis et votre expérience.

Un petit tips que j’aime beaucoup :

  • Cas 1) Refaire le mouvement du coup que vous venez de rater en visualisant que vous le réussissez.
  • Cas 2) À l’inverse, si vous venez de réussir un très beau coup, prenez une demi-seconde pour le revisualiser. Cela aide le cerveau à mémoriser les réussites favorable à la confiance et soi.

Étape 3 : Switcher

C’est le moment de transition entre le point précédent et le point suivant.

En anglais, « switch » signifie : passer à autre chose ou tourner, changer.

Ainsi, après avoir exprimé vos émotions et retenu l’information importante, il est temps de faire redescendre le niveau émotionnel, le rythme cardiaque ainsi que le niveau d’activation physique et mentale.

Pour cela, plusieurs outils peuvent être utilisés :

  • Prendre une profonde inspiration suivie d’une expiration lente.
  • Marcher vers le fond du court.
  • Tourner le dos au terrain quelques instants.
  • Aller chercher sa serviette et s’essuyer.
  • Respirer calmement.
  • Fermer les yeux quelques secondes.
  • Se relâcher physiquement.
  • Se secouer légèrement.
  • Regarder et replacer les cordes de sa raquette.
  • Utiliser un dialogue interne positif.
  • Adopter un langage corporel positif.

Cette étape est essentielle car elle permet de créer une véritable coupure avec le point précédent.

L’objectif est de se sentir vide, calme et prêt à repartir.

J’aime évoquer avec mes joueurs l’idée qu’à ce moment-là, à l’intérieur de leur tête, le ciel est parfaitement bleu, le soleil brille, une légère brise agréable souffle et la mer est calme devant eux. Bref, l’endroit idéal, celui où l’on se sent bien, serein et heureux.

Une fois cet état retrouvé, on est pleinement disponible et motivé pour vivre le point suivant avec passion et détermination.

Une fois cet état retrouvé, il est temps de se réactiver.

Cette activation peut se faire :

Par les mots :

  • « Allez ! »
  • « Let’s Go ! »
  • « Vamos ! »

Par le corps :

  • Sautiller.
  • Faire un ou des pas explosifs.
  • Se taper une partie du corps.
  • Adopter une posture dynamique et engagée.

C’est avec cet engagement, que je vais vers ma ligne de fond de court pour servir ou pour prendre ma position de retour de service.

Que le point soit gagné ou perdu, rester dans le passé ne changera rien. Passez à autre chose.

Étape 4 : Planifier

Une fois calmé et recentré, arrive le moment de préparer le point suivant lorsque vous arrivez à votre position au service ou au retour.

Prenez place avec une posture détendue et posez-vous les bonnes questions :

  • Qu’est-ce que je vais faire sur le point suivant ?
  • Où vais-je servir ?
  • Où vais-je retourner ?
  • Quel sera mon premier coup après le service ?
  • Quel est le score ?
  • Quelle stratégie vais-je utiliser pour gagner ce point ?

Selon la situation, votre intention peut être différente :

  • Gagner le point rapidement en 1, 2 ou 3 coups.
  • Construire l’échange.
  • Faire jouer un coup supplémentaire à l’adversaire.
  • Utiliser un service-volée.
  • Jouer sur une faiblesse adverse.

Une fois votre choix fait, validez-le avec un mot, un geste de la tête ou une attitude corporelle.

Si vous ressentez encore du doute, prenez quelques secondes supplémentaires et ajustez votre plan.

N’entrez dans la phase suivante que lorsque vous êtes pleinement en accord avec votre choix tactique.

Étape 5 : Jouer

Lorsque votre décision est prise, commence alors la routine d’avant service ou d’avant retour.

Chaque joueur possède sa propre routine.

Rafael Nadal est certainement l’exemple le plus célèbre avec toutes ses habitudes avant de servir.

Novak Djokovic avait lui aussi l’habitude de faire rebondir la balle de nombreuses fois avant certains services.

Ces routines peuvent paraître anodines mais elles ont toutes le même objectif : préparer le corps et l’esprit à l’action.

Parmi les éléments que l’on retrouve souvent :

  • Faire rebondir la balle.
  • Respirer calmement.
  • Se relâcher physiquement.
  • Bouger légèrement pour rester dynamique.
  • Trouver une position confortable.
  • Prendre conscience de ses appuis.
  • Regarder la balle.
  • Visualiser une dernière fois son intention de jeu : zone, trajectoire, effet, hauteur…
  • Se lancer avec un « Go ! » interne.

Une fois cette préparation terminée, il ne reste plus qu’une chose à faire :

Jouer le point.

Conclusion

Une bonne routine entre les points ne garantit pas que vous allez gagner tous vos matchs.

En revanche, elle augmente considérablement vos chances de performer, de rester concentré, de gérer vos émotions et de prendre de meilleures décisions tout au long de la rencontre.

Plus vous entraînerez cette routine à l’entraînement, plus elle deviendra naturelle en match.

Souvenez-vous simplement de ces 5 étapes :

Libérer → Corriger → Switcher → Planifier → Jouer

Point après point. Match après match.

La Technique au Tennis : Qu’est ce que c’est ?

Aujourd’hui, je souhaite faire une introduction au sujet de la « technique » au tennis. C’est probablement le sujet que l’on entend le plus souvent dans les clubs, en formation, à la télévision ou au cœur des discussions entre joueurs de tennis.

L’idée de cet article m’est venue suite à la lecture d’une problématique partagée par un lecteur qui m’écrivait : « Mon problème, c’est ma technique ».

Cette remarque m’a immédiatement renvoyé à l’un des livres qui a le plus inspiré ma carrière et ma pédagogie d’entraînement : « Tennis et technique », écrit par Harry Gehm et publié en 2015.

Au cours de cet article, je m’appuierai sur certaines parties de cet ouvrage, que je vous conseille vivement de lire, notamment si vous êtes entraîneur de tennis !


La « Technique » et le « Techniquement »

J’ai commencé le tennis à 7 ans. J’ai appris à jouer, à m’améliorer « techniquement », à développer ma « technique ». Plus tard, durant ma formation d’entraîneur, j’ai appris les fondamentaux « techniques » à faire acquérir aux joueurs.

En tant que coach, j’ai toujours cherché à faire progresser les joueurs sur ce plan. Pourtant, quand je reçois les fiches d’objectifs en début de saison, les phrases se répètent : « Je veux améliorer ma technique », « Ma technique de coup droit n’est pas bonne »

Lorsqu’on assiste à un match, on entend régulièrement dans les tribunes : « Il est vraiment bon techniquement ce joueur », « S’il avait été meilleur techniquement, il aurait gagné ». Et lorsqu’on voyait jouer Ernest Gulbis, la critique fusait : « Sa technique de coup droit est vraiment particulière ».

Coup droit au tennis

La technique au tennis : une notion souvent réduite au simple geste.

Bref, la technique semble avoir un rôle majeur au tennis, aussi bien dans l’apprentissage que dans la performance. Et cela est tout à fait juste. C’est un domaine à développer, que l’on soit joueur de tennis, boulanger, maçon ou garagiste.

Mais je me suis toujours posé cette question : qu’est-ce que l’on entend réellement par technique ?


La « Technique » selon la Société

Ma vie tennistique, mes expériences et mes rencontres m’avaient amené à comprendre que, pour la majorité, la technique se résume à « la manière de faire les choses sur l’aspect gestuel ».

En tant que joueur, je me focalisais moi-même sur la forme de mon geste : faire ma préparation par en haut en coup droit et en revers, réaliser la boucle au service, placer mes appuis en ligne… En tant qu’entraîneur débutant, mon objectif était de faire acquérir les bases gestuelles référencées dans les manuels fédéraux.

Dernièrement encore, un joueur me demandait si sa technique en coup droit était « belle » en me mimant son mouvement à blanc.

Ainsi, le terme « technique » au tennis est trop souvent défini par la simple forme du mouvement. Et pourtant, le geste n’est qu’une partie de la technique… comme je vous l’explique ci-dessous.


La différence essentielle entre « Geste » et « Technique »

Dans son livre, Harry Gehm s’appuie sur les définitions du Larousse pour faire une distinction claire entre ces deux concepts :

  • Technique : « Ensemble de procédés pour produire ou obtenir un résultat déterminé. »
  • Geste : « Mouvement du corps porteur ou non de signification ou d’intention. »

Comme l’explique l’auteur, il existe deux différences majeures :

  1. La technique est un ensemble de procédés, tandis qu’un geste est un simple mouvement isolé.
  2. La technique cherche de manière obsessionnelle à atteindre un résultat, alors qu’un geste peut n’avoir aucune intention précise.

Dans le Tome 3 de la préparation au tronc commun de l’ancien BEES (1998), une phrase résume parfaitement cela :

« L’habileté ne dépend pas exclusivement de la qualité des opérations motrices (gestes) mais aussi de la pertinence des opérations mentales. Le tennisman qui effectue un coup droit a auparavant identifié la trajectoire de la balle qui lui arrive (perception) et décidé d’exécuter ce coup droit (décision). »


Qu’est-ce que la technique ?

Cela nous amène à définir avec précision ce qu’est la technique :

« La technique est un processus global (perception, décision, exécution motrice) permettant la production ou l’obtention d’un résultat déterminé avant l’action (répondre à un problème / valider une intention). »

On en conclut de manière indéniable que le geste n’est que la phase finale de la technique !

L’éxécution technique comme ici la prise de raquette n’est qu’une part de la technique globale

La technique au tennis en 4 étapes

Pour résumer de manière limpide, la technique sur un court de tennis se décompose ainsi :

1. Un problème environnemental

Quelle est la situation problématique dans laquelle je me trouve ?

  • Exemple 1 : Je suis au service.
  • Exemple 2 : Je suis au retour et je reçois une balle liftée, haute sur mon revers.
  • Exemple 3 : Je reçois une balle chopée, basse et courte dans mon replacement.

2. Une intention de jeu (Le but tactique)

Qu’est-ce que je souhaite faire de la balle ? Il existe 3 niveaux d’intention :

  • Niveau 1 (La balle) : Centrer la frappe pour envoyer la balle à une vitesse donnée, avec un effet défini (plat, lift, slice).
  • Niveau 2 (La cible) : Maîtriser la trajectoire (hauteur, longueur, direction) et faire rebondir la balle d’une manière précise.
  • Niveau 3 (L’adversaire) : Mettre l’adversaire en difficulté pour obtenir une balle favorable ou le mettre hors de portée.

3. Le processus interne

  • A. Perception : Observer et détecter les informations (visuelles, auditives, kinesthésiques) pour lire la trajectoire.
  • B. Décision : Choisir la réponse tactique la plus adaptée à la situation.
  • C. Programmation : Envoi des informations par le système nerveux central vers les zones motrices.

4. La production gestuelle

C’est l’exécution visible : le mouvement se produit avec fluidité, relâchement et efficacité (coordination motrice).


Paroles de champions et d’entraîneurs

Voici quelques citations inspirantes qui redonnent tout son sens au mot technique :

« L’apprentissage décisionnel est au cœur d’une activité comme le tennis. Voir c’est d’abord percevoir dans le but de décider le déclenchement d’une action particulière et adaptée. En fait, la technique intègre ces différents moments du traitement de l’information et ne doit pas se résumer à la forme gestuelle mise en œuvre par le joueur. »Gilles Bot (Entraîneur à l’INSEP)

« La réduction de la technique à ses composants les plus apparents (les gestes) a fait succomber les éducateurs pendant des décennies au mythe de la forme gestuelle idéale. »Goirand

« Mon coach veut que chacune de mes frappes ait une intention. »Gaël Monfils

« La technique du coup droit de Nadal était avant tout une réponse à un problème : celui de ne pas avoir assez de force face à des adversaires plus âgés lorsqu’il était enfant. »Jofre Porta (Ancien coach de Rafael Nadal)


Conclusion : La vision Tennis Propulse

Pour conclure, je pense que les mots de Toni Nadal sont les plus percutants :

« Mais qu’est-ce que la technique ? C’est taper la balle avec un très beau geste ? Non. Pour moi, la technique, c’est mettre la balle où l’on veut, avec n’importe quel coup. Je ne vais pas dire à un joueur : tu devez frapper la balle de telle ou telle manière, mais plutôt : peu importe comment tu t’y prends, tu dois envoyer la balle ici, à telle vitesse, avec tel effet. »

Ces paroles sont une référence absolue dans ma manière d’enseigner au quotidien chez Tennis Propulse.

À tous les passionnés et entraîneurs, je vous recommande à nouveau la lecture du livre de Harry Gehm, qui propose des exercices concrets pour appliquer cette philosophie sur le terrain.

Mettre l’intention au cœur du jeu pour libérer votre plein potentiel.

Pour terminer, je vous propose un petit test mental et moteur pour vous amener à réfléchir, tiré du livre L’Athlète Intérieur de Dan Millman :

Le test du lancer de boulette :

  • Prenez une feuille de papier et faites-en une boulette.
  • Placez une corbeille à la distance de votre choix.
  • Essayez de lancer la boulette dedans. Challengez-vous en changeant les distances.
  • Amusez-vous, observez comment votre corps s’ajuste à l’objectif (l’intention) plutôt qu’au geste… et venez me partager vos impressions !

À bientôt sur les courts de tennis sur la Côte d’Azur à votre domicile ou dans nos clubs partenaires (Cannes, Antibes, Vence, Nice, …)

Maxime Duchesne