L’idée de cet article m’est venue suite à la lecture d’une problématique partagée par un lecteur qui m’écrivait : « Mon problème, c’est ma technique ».
Cette remarque m’a immédiatement renvoyé à l’un des livres qui a le plus inspiré ma carrière et ma pédagogie d’entraînement : « Tennis et technique », écrit par Harry Gehm et publié en 2015.
Au cours de cet article, je m’appuierai sur certaines parties de cet ouvrage, que je vous conseille vivement de lire, notamment si vous êtes entraîneur de tennis !
La « Technique » et le « Techniquement »
J’ai commencé le tennis à 7 ans. J’ai appris à jouer, à m’améliorer « techniquement », à développer ma « technique ». Plus tard, durant ma formation d’entraîneur, j’ai appris les fondamentaux « techniques » à faire acquérir aux joueurs.
En tant que coach, j’ai toujours cherché à faire progresser les joueurs sur ce plan. Pourtant, quand je reçois les fiches d’objectifs en début de saison, les phrases se répètent : « Je veux améliorer ma technique », « Ma technique de coup droit n’est pas bonne »…
Lorsqu’on assiste à un match, on entend régulièrement dans les tribunes : « Il est vraiment bon techniquement ce joueur », « S’il avait été meilleur techniquement, il aurait gagné ». Et lorsqu’on voyait jouer Ernest Gulbis, la critique fusait : « Sa technique de coup droit est vraiment particulière ».

La technique au tennis : une notion souvent réduite au simple geste.
Bref, la technique semble avoir un rôle majeur au tennis, aussi bien dans l’apprentissage que dans la performance. Et cela est tout à fait juste. C’est un domaine à développer, que l’on soit joueur de tennis, boulanger, maçon ou garagiste.
Mais je me suis toujours posé cette question : qu’est-ce que l’on entend réellement par technique ?
La « Technique » selon la Société
Ma vie tennistique, mes expériences et mes rencontres m’avaient amené à comprendre que, pour la majorité, la technique se résume à « la manière de faire les choses sur l’aspect gestuel ».
En tant que joueur, je me focalisais moi-même sur la forme de mon geste : faire ma préparation par en haut en coup droit et en revers, réaliser la boucle au service, placer mes appuis en ligne… En tant qu’entraîneur débutant, mon objectif était de faire acquérir les bases gestuelles référencées dans les manuels fédéraux.
Dernièrement encore, un joueur me demandait si sa technique en coup droit était « belle » en me mimant son mouvement à blanc.
Ainsi, le terme « technique » au tennis est trop souvent défini par la simple forme du mouvement. Et pourtant, le geste n’est qu’une partie de la technique… comme je vous l’explique ci-dessous.
La différence essentielle entre « Geste » et « Technique »
Dans son livre, Harry Gehm s’appuie sur les définitions du Larousse pour faire une distinction claire entre ces deux concepts :
- Technique : « Ensemble de procédés pour produire ou obtenir un résultat déterminé. »
- Geste : « Mouvement du corps porteur ou non de signification ou d’intention. »
Comme l’explique l’auteur, il existe deux différences majeures :
- La technique est un ensemble de procédés, tandis qu’un geste est un simple mouvement isolé.
- La technique cherche de manière obsessionnelle à atteindre un résultat, alors qu’un geste peut n’avoir aucune intention précise.
Dans le Tome 3 de la préparation au tronc commun de l’ancien BEES (1998), une phrase résume parfaitement cela :
« L’habileté ne dépend pas exclusivement de la qualité des opérations motrices (gestes) mais aussi de la pertinence des opérations mentales. Le tennisman qui effectue un coup droit a auparavant identifié la trajectoire de la balle qui lui arrive (perception) et décidé d’exécuter ce coup droit (décision). »
Qu’est-ce que la technique ?
Cela nous amène à définir avec précision ce qu’est la technique :
« La technique est un processus global (perception, décision, exécution motrice) permettant la production ou l’obtention d’un résultat déterminé avant l’action (répondre à un problème / valider une intention). »
On en conclut de manière indéniable que le geste n’est que la phase finale de la technique !

L’éxécution technique comme ici la prise de raquette n’est qu’une part de la technique globale
La technique au tennis en 4 étapes
Pour résumer de manière limpide, la technique sur un court de tennis se décompose ainsi :
1. Un problème environnemental
Quelle est la situation problématique dans laquelle je me trouve ?
- Exemple 1 : Je suis au service.
- Exemple 2 : Je suis au retour et je reçois une balle liftée, haute sur mon revers.
- Exemple 3 : Je reçois une balle chopée, basse et courte dans mon replacement.
2. Une intention de jeu (Le but tactique)
Qu’est-ce que je souhaite faire de la balle ? Il existe 3 niveaux d’intention :
- Niveau 1 (La balle) : Centrer la frappe pour envoyer la balle à une vitesse donnée, avec un effet défini (plat, lift, slice).
- Niveau 2 (La cible) : Maîtriser la trajectoire (hauteur, longueur, direction) et faire rebondir la balle d’une manière précise.
- Niveau 3 (L’adversaire) : Mettre l’adversaire en difficulté pour obtenir une balle favorable ou le mettre hors de portée.
3. Le processus interne
- A. Perception : Observer et détecter les informations (visuelles, auditives, kinesthésiques) pour lire la trajectoire.
- B. Décision : Choisir la réponse tactique la plus adaptée à la situation.
- C. Programmation : Envoi des informations par le système nerveux central vers les zones motrices.
4. La production gestuelle
C’est l’exécution visible : le mouvement se produit avec fluidité, relâchement et efficacité (coordination motrice).
Paroles de champions et d’entraîneurs
Voici quelques citations inspirantes qui redonnent tout son sens au mot technique :
« L’apprentissage décisionnel est au cœur d’une activité comme le tennis. Voir c’est d’abord percevoir dans le but de décider le déclenchement d’une action particulière et adaptée. En fait, la technique intègre ces différents moments du traitement de l’information et ne doit pas se résumer à la forme gestuelle mise en œuvre par le joueur. » – Gilles Bot (Entraîneur à l’INSEP)
« La réduction de la technique à ses composants les plus apparents (les gestes) a fait succomber les éducateurs pendant des décennies au mythe de la forme gestuelle idéale. » – Goirand
« Mon coach veut que chacune de mes frappes ait une intention. » – Gaël Monfils
« La technique du coup droit de Nadal était avant tout une réponse à un problème : celui de ne pas avoir assez de force face à des adversaires plus âgés lorsqu’il était enfant. » – Jofre Porta (Ancien coach de Rafael Nadal)
Conclusion : La vision Tennis Propulse
Pour conclure, je pense que les mots de Toni Nadal sont les plus percutants :
« Mais qu’est-ce que la technique ? C’est taper la balle avec un très beau geste ? Non. Pour moi, la technique, c’est mettre la balle où l’on veut, avec n’importe quel coup. Je ne vais pas dire à un joueur : tu devez frapper la balle de telle ou telle manière, mais plutôt : peu importe comment tu t’y prends, tu dois envoyer la balle ici, à telle vitesse, avec tel effet. »
Ces paroles sont une référence absolue dans ma manière d’enseigner au quotidien chez Tennis Propulse.
À tous les passionnés et entraîneurs, je vous recommande à nouveau la lecture du livre de Harry Gehm, qui propose des exercices concrets pour appliquer cette philosophie sur le terrain.

Mettre l’intention au cœur du jeu pour libérer votre plein potentiel.
Pour terminer, je vous propose un petit test mental et moteur pour vous amener à réfléchir, tiré du livre L’Athlète Intérieur de Dan Millman :
Le test du lancer de boulette :
- Prenez une feuille de papier et faites-en une boulette.
- Placez une corbeille à la distance de votre choix.
- Essayez de lancer la boulette dedans. Challengez-vous en changeant les distances.
- Amusez-vous, observez comment votre corps s’ajuste à l’objectif (l’intention) plutôt qu’au geste… et venez me partager vos impressions !
À bientôt sur les courts de tennis sur la Côte d’Azur à votre domicile ou dans nos clubs partenaires (Cannes, Antibes, Vence, Nice, …)
Maxime Duchesne
